Vérifier une banque suisse dans le registre FINMA

Avant de comparer des offres, il faut savoir qui est en face. La FINMA publie chaque jour ouvrable des listes nominatives des établissements qu'elle autorise, avec la raison sociale exacte, le siège, le type d'agrément et la catégorie de surveillance. Ces fichiers répondent à des questions précises, mais ils ne disent pas ce que beaucoup de lecteurs croient y lire.

Ce que prouve le registre : qu'une entité nommément désignée détient une autorisation bancaire, de maison de titres ou de succursale à une date donnée. Ce qu'il ne prouve pas : la solidité, la qualité du service, la tarification, l'acceptation de votre pays de résidence, ni même que l'établissement fasse du private banking.

Les huit listes qui composent le paysage autorisé

La liste des banques et maisons de titres est la plus consultée, mais elle ne couvre qu'une partie des acteurs. Les chiffres ci-dessous proviennent des fichiers officiels dans leur version datée du 8 septembre 2026, chaque total étant celui imprimé en dernière ligne du fichier par la FINMA.

Totaux repris des listes FINMA au format tableur, version du 8 septembre 2026.
ListeNombre d'entitésCe qu'elle recense
Banques et maisons de titres278, dont 11 en voie de cessation d'activitéBanques suisses, maisons de titres, succursales d'établissements étrangers.
Banques Raiffeisen208Sociétés coopératives locales du groupe, listées séparément.
Gestionnaires de fortune et trustees surveillés par un organisme de surveillance1507Le régime ordinaire des gérants indépendants depuis la LEFin.
Gestionnaires de fortune et trustees surveillés directement par la FINMA89Sociétés suisses appartenant à un groupe soumis à la surveillance consolidée.
Représentations de banques et maisons de titres étrangers75Bureaux qui démarchent depuis la Suisse sans pouvoir tenir de comptes ici.
Personnes autorisées selon l'art. 1b LB (autorisation Fintech)6Acceptation de dépôts jusqu'à 100 millions de francs sans les investir ni les rémunérer.
Organismes de surveillance4Entités privées qui surveillent au quotidien les gestionnaires indépendants.
Organismes d'autorégulation reconnus11Surveillance en matière de lutte contre le blanchiment.

Un même établissement peut n'apparaître dans aucune de ces listes tout en démarchant activement en Suisse : c'est le cas d'une banque étrangère qui opère depuis son siège, sans succursale ni représentation suisse. L'absence d'un nom dans le registre bancaire n'est donc pas la preuve d'une activité illicite, mais elle signifie que la relation ne sera pas régie par le droit bancaire suisse.

Comment lire une ligne de la liste bancaire

Le fichier des banques et maisons de titres comporte, pour chaque entité, une raison sociale, un lieu, un agrément, trois cases à cocher et une catégorie. Chacune de ces colonnes a un sens juridique précis.

ColonneSignificationConséquence pratique
NomRaison sociale inscrite au registre du commerce, pas la marque commerciale.Une maison peut communiquer sous un nom différent de celui qui figurera sur votre contrat.
AgrémentBanque, maison de titres, succursale d'une banque étrangère ou succursale d'une maison de titres étrangère.Une succursale n'est pas une entité juridique distincte : votre contrepartie contractuelle est la maison mère étrangère.
Domination étrangèreParticipations qualifiées étrangères représentant plus de la moitié des voix, au sens de l'art. 3bis al. 3 LB.La FINMA peut soumettre l'autorisation à une condition de réciprocité et interdire une raison sociale suggérant un caractère suisse.
Sans activité de maison de titresLa banque ne fait pas le commerce de valeurs mobilières au sens de l'art. 41 LEFin.Un établissement de crédit à la consommation ou de moyens de paiement n'exécutera pas vos ordres de bourse.
Maison de titres ne gérant pas de compteElle n'utilise pas la faculté de l'art. 44 al. 1 let. a LEFin de tenir des comptes pour exécuter les transactions.Vos avoirs ne seront pas conservés chez elle ; il faut identifier le dépositaire réel.
En voie de cessation d'activitéL'établissement liquide ses relations et ne prend plus de nouvelle clientèle.Onze entités sont dans cette situation dans la version du 8 septembre 2026 et ne doivent pas être comptées comme acteurs du marché.
CatégorieClassement de surveillance de 1 à 5 selon l'annexe 3 de l'ordonnance sur les banques.Mesure une taille et un risque systémique, pas une qualité. Voir la section suivante.

Ce que contient réellement la liste au 8 septembre 2026

Les décomptes ci-dessous sont des dénombrements effectués sur le fichier tableur officiel, après exclusion des onze entités en voie de cessation d'activité. Il reste 267 établissements en activité.

Dénombrements de l'auteur sur le fichier FINMA du 8 septembre 2026, entités en cessation d'activité exclues.
Type d'agrémentEntités activesDont en mains étrangères
Banque de droit suisse20261
Maison de titres de droit suisse3211
Succursale d'une banque étrangère25sans objet
Succursale d'une maison de titres étrangère8sans objet
Total26772

La colonne « domination étrangère » n'est cochée que pour les entités de droit suisse. Les succursales relèvent par définition d'une maison mère étrangère et ne sont donc pas comptées deux fois. Sur les 267 entités actives, 105 relèvent d'un contrôle étranger si l'on additionne les 72 sociétés suisses en mains étrangères et les 33 succursales.

La géographie de cette liste est plus concentrée que le discours habituel sur la diversité de la place financière ne le laisse penser. Les 267 établissements actifs se répartissent entre 91 localités, mais Zurich en accueille 73 et Genève 54, soit 47,6 % du total à elles deux. Bâle en compte 14, Lugano 11 et Berne 9. À l'autre extrémité, 74 localités n'abritent qu'un seul établissement, presque toujours une banque régionale ou une caisse d'épargne de catégorie 5.

La catégorie de surveillance n'est pas une note

C'est le contresens le plus fréquent. La catégorie ne récompense rien : elle mesure l'effet qu'aurait la défaillance d'un établissement sur le reste du marché. La FINMA décrit la catégorie 1 comme celle des acteurs extrêmement grands, importants et complexes, et la catégorie 5 comme celle des petits acteurs à risque faible. Les établissements des catégories 1 et 2 font l'objet d'une surveillance permanente et étroite ; ceux de la catégorie 5 sont surveillés principalement sur la base de leurs chiffres.

Le classement suit des seuils chiffrés. Selon l'art. 2 al. 2 et l'annexe 3 de l'ordonnance sur les banques, la FINMA retient quatre critères : total du bilan, actifs sous gestion, dépôts privilégiés et fonds propres minimaux. En partant de la catégorie 5, une banque monte dans la catégorie la plus élevée dont elle atteint le seuil d'au moins trois critères, la FINMA pouvant déroger dans des cas justifiés.

Seuils de l'annexe 3 de l'ordonnance sur les banques, en milliards de francs, teneur en vigueur depuis le 1er janvier 2023.
CatégorieTotal du bilanActifs sous gestionDépôts privilégiésFonds propres minimaux
1> 280> 1625> 32> 20
2> 115> 815> 21,5> 2
3> 17> 32,5> 0,53> 0,25
4> 1,125> 3,25> 0,105> 0,05
5< 1,125< 3,25< 0,105< 0,05

La répartition qui en résulte est très déséquilibrée. Deux entités seulement occupent la catégorie 1, UBS AG et UBS Switzerland AG. Trois figurent en catégorie 2 : PostFinance AG, Raiffeisen Schweiz Genossenschaft et la Zürcher Kantonalbank. Viennent ensuite 30 établissements en catégorie 3, 62 en catégorie 4 et 170 en catégorie 5, soit 63,7 % des entités actives. Toutes les maisons de titres suisses de la liste sont en catégorie 5.

Deux conséquences pour un client privé. D'abord, un établissement de catégorie 5 n'est pas moins bien réglementé : il est soumis aux mêmes règles de comportement de la LSFin et à la même protection des dépôts, mais la FINMA l'observe de plus loin, en s'appuyant davantage sur les rapports d'audit. Ensuite, un établissement de catégorie 3 peut très bien être une maison spécialisée en gestion de fortune : parmi les 30 entités de cette catégorie figurent aussi bien des banques cantonales que des banques dont l'activité principale est le private banking.

Ce que le registre ne vous dira jamais

  • Aucune mention du private banking : la FINMA n'accorde pas d'agrément « banque privée » et ne distingue pas ce métier. Une banque de détail et une maison de gestion de fortune apparaissent avec le même libellé « Banque ».
  • Aucun indicateur financier : ni bilan, ni fonds propres, ni ratio de liquidité, ni résultat. La catégorie donne seulement un ordre de grandeur implicite via les seuils.
  • Aucune donnée sur la clientèle acceptée : le pays de résidence, la langue de travail et le seuil d'entrée commercial relèvent de la politique interne de chaque maison.
  • Aucun historique : le fichier montre l'état du jour. Une raison sociale disparue à la suite d'une fusion ne laisse aucune trace dans la version courante.
  • Aucune garantie de mise à jour instantanée : la FINMA indique elle-même qu'un assujetti peut avoir reçu une autorisation sans figurer encore sur la liste, ou y figurer alors que l'autorisation a déjà été retirée.

Un secteur qui se concentre depuis quarante ans

La liste FINMA donne un instantané ; la statistique de la Banque nationale suisse donne la tendance. Selon le tableau des chiffres clés par catégories de banques, publié le 18 juin 2026, l'agrégat des banques établies en Suisse comptait 622 établissements en 1987, 413 en 1995, 320 en 2010 et 225 en 2025. Sur la même période, la somme des bilans est passée de 768 milliards à 2 801 milliards de francs.

Le nombre d'établissements a donc été divisé par près de trois pendant que le bilan agrégé était multiplié par 3,6. Ces deux séries ne se comparent pas directement à la liste FINMA : la BNS retient un périmètre statistique différent, qui exclut notamment les maisons de titres et traite les succursales selon ses propres règles. La convergence des ordres de grandeur reste néanmoins utile pour situer un chiffre du jour dans une trajectoire longue.

Du côté des volumes, l'Association suisse des banquiers indique dans son Baromètre bancaire 2026, dont la rédaction a été close le 13 août 2026, que les actifs sous gestion dans les banques en Suisse atteignaient CHF 9 729,1 milliards à fin 2025, en hausse de 4,8 %, et CHF 10 119,5 milliards au premier semestre 2026. Les portefeuilles de titres en représentent environ 88 %. La gestion transfrontalière pour la clientèle privée s'établissait à CHF 2 945,7 milliards en 2025, en progression de 7,6 % hors effets de change. L'emploi bancaire en Suisse comptait 92 002 postes en équivalents plein temps à fin 2025.

La grille à remplir avant le premier rendez-vous

Le registre fournit les quatre premières lignes d'une fiche d'établissement. Les autres se remplissent avec les documents contractuels et les réponses écrites de la banque. Utiliser la même grille pour chaque candidat évite de comparer une brochure avec un tarif.

  1. Raison sociale exacte telle qu'elle figure sur la liste, et non la marque utilisée en communication.
  2. Type d'agrément et siège, avec la question qui en découle : signez-vous avec une entité suisse ou avec la succursale d'une maison mère étrangère ?
  3. Catégorie de surveillance, notée comme une indication de taille et non comme une note de solidité.
  4. Cases particulières : domination étrangère, absence d'activité de maison de titres, absence de tenue de compte.
  5. Entité dépositaire des titres et lieu de conservation, y compris pour les positions sous-déposées à l'étranger.
  6. Organe de médiation compétent auquel la banque est affiliée au sens de la LSFin.
  7. Politique transfrontalière pour votre pays de résidence et pour toute résidence future envisagée.
  8. Structure tarifaire complète, frais de garde, courtages, change, coûts internes des produits et rémunérations de tiers.

Les points 5 à 8 conditionnent davantage votre expérience que la catégorie de surveillance. Pour les traduire en chiffres comparables, la méthode de calcul du coût total figure dans le dossier sur les frais du private banking en Suisse, et les questions à poser sur le mandat lui-même dans celui consacré aux types de mandat.

Cinq erreurs de lecture fréquentes

  • Compter les entités en cessation d'activité. Le total imprimé de 278 les inclut explicitement. Le nombre d'acteurs disponibles est 267.
  • Confondre catégorie et solidité. Le classement mesure l'impact potentiel d'une défaillance sur le système, pas la probabilité de cette défaillance.
  • Déduire une protection des dépôts différente selon la catégorie. Le privilège jusqu'à 100 000 francs par client vaut pour toutes les banques et maisons de titres autorisées. Les mécanismes exacts sont détaillés dans le dossier sur la faillite d'une banque suisse.
  • Prendre une succursale pour une banque suisse. L'agrément le dit, mais le nom commercial le masque souvent.
  • Traiter une liste téléchargée comme durable. Le fichier porte une date de modification, actualisée à chaque changement d'autorisation. Une capture d'écran vieille de six mois ne prouve plus rien.

Où se situent les gestionnaires indépendants

Les 1507 gestionnaires de fortune et trustees surveillés par un organisme de surveillance ne figurent pas dans la liste bancaire, et pour cause : ils ne détiennent pas les avoirs. Un client d'un gérant indépendant a donc deux contreparties à vérifier, le gérant dans sa liste et la banque dépositaire dans la sienne. L'art. 6 LEFin organise par ailleurs une cascade dans un seul sens : une autorisation bancaire vaut autorisation de gestionnaire de fortune, l'inverse n'étant jamais vrai. La comparaison détaillée des deux modèles, avec leurs régimes de surveillance et de capital, figure dans le dossier banque privée ou gestionnaire de fortune indépendant.

Sources principales

Portée du guide : information générale, sans recommandation de banque, de produit ni conseil juridique, fiscal ou d’investissement personnalisé.