Le private banking, ou banque privée au sens du service, regroupe des prestations bancaires et d'investissement individualisées pour des personnes ou familles disposant d'un patrimoine complexe ou important. Il ne constitue ni une licence distincte, ni une promesse de rendement, ni un régime fiscal particulier.
En pratique : le client confie ses avoirs à une banque qui assure la garde, les paiements et, selon le mandat, l'exécution d'ordres, le conseil ou la gestion du portefeuille. Des services de financement, de planification patrimoniale et de coordination avec des spécialistes externes peuvent s'y ajouter.
Il n'existe pas de seuil légal unique
Le droit suisse ne fixe pas un montant minimal d'entrée dans le private banking. Chaque établissement détermine son propre seuil selon le type de mandat, le pays de résidence, la complexité de la relation et le niveau de service. Un seuil commercial peut donc différer entre deux banques, entre deux bureaux d'une même banque ou entre conseil et gestion discrétionnaire.
Les expressions high-net-worth individual (HNWI) et ultra-high-net-worth individual (UHNWI) sont des catégories d'études de marché, pas des statuts juridiques suisses. Leurs seuils varient selon l'éditeur et portent généralement sur le patrimoine investissable, non sur le revenu annuel. Une banque peut servir un client sans employer ces catégories.
Trois façons de gérer le portefeuille
| Service | Qui décide ? | Ce que fait la banque | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Execution only | Le client | Exécute et conserve les ordres sans recommandation personnalisée. | Le client assume la sélection, le suivi et la cohérence globale du risque. |
| Conseil en placement | Le client | Formule des recommandations. Le périmètre peut porter sur une transaction ou sur l'ensemble du portefeuille. | Vérifier le périmètre contractuel, l'univers de produits considéré et la documentation de chaque conseil. |
| Gestion discrétionnaire | La banque, dans le mandat convenu | Prend les décisions courantes selon la stratégie, les limites et les objectifs écrits. | Contrôler les écarts au mandat, les produits maison, les frais et le reporting de risque. |
La distinction n'est pas seulement sémantique. Elle détermine qui prend la décision, quelles informations la banque doit recueillir et quel contrôle le client doit maintenir. La circulaire FINMA 2025/2, en vigueur depuis le 1er janvier 2025, précise notamment l'information sur la nature du service, les risques, les rémunérations de tiers et les conflits liés aux instruments propres au prestataire.
Comment une relation de private banking est construite
- Identification et conformité : identité, ayant droit économique, origine des fonds, résidence fiscale et restrictions transfrontalières.
- Segmentation LSFin : la loi distingue clients privés, professionnels et institutionnels. Un client privé fortuné peut, sous conditions, demander à être traité comme professionnel, ce qui réduit certaines protections; ce choix ne doit pas être confondu avec l'entrée en private banking.
- Profil de risque : situation financière, objectifs, horizon, besoin de liquidité, capacité et volonté de supporter des pertes, connaissances et expérience.
- Stratégie écrite : monnaie de référence, allocation cible, limites, exclusions, indice de comparaison et marges de déviation.
- Mandat et tarification : pouvoirs de la banque, frais explicites et intégrés aux produits, rémunérations de tiers, politique d'exécution et conditions de résiliation.
- Suivi : performance nette, risque, concentration, opérations, coûts et adéquation du portefeuille avec la situation actualisée du client.
Quels services peuvent s'ajouter ?
Une relation peut comprendre la garde de titres, des comptes multidevises, du change, un crédit lombard, des placements collectifs, des obligations, actions, produits structurés ou actifs non cotés, ainsi qu'un reporting consolidé. La banque peut aussi coordonner une planification de retraite, de succession ou de transmission d'entreprise.
Il faut toutefois distinguer coordination et conseil spécialisé. Un banquier n'est pas automatiquement l'avocat, le notaire ou le fiscaliste compétent dans toutes les juridictions du client. Les responsabilités, honoraires et éventuels conflits des spécialistes internes ou externes doivent être explicités. Voir l'analyse détaillée des produits et services des banques privées.
Confidentialité : ce qui subsiste et ce qui a changé
Les collaborateurs d'une banque suisse sont soumis au secret professionnel bancaire, notamment encadré par l'article 47 de la loi sur les banques. La confidentialité n'est cependant pas absolue : la banque répond aux autorités dans les cas prévus par la loi, applique les obligations de lutte contre le blanchiment et participe aux mécanismes de coopération fiscale applicables.
La Suisse applique l'échange automatique de renseignements relatifs aux comptes financiers depuis 2017. Le SFI indique que plus de cent États ont repris cette norme. Ouvrir un compte en Suisse ne dispense donc jamais de déclarer le compte, les revenus ou le patrimoine selon le droit de sa résidence fiscale.
À écarter : toute présentation du private banking suisse comme moyen légal de dissimuler des avoirs ou d'obtenir une confidentialité fiscale garantie. Une banque sérieuse demandera la résidence fiscale, l'origine du patrimoine et les justificatifs nécessaires.
Que se passe-t-il si la banque fait faillite ?
Il faut séparer deux situations. Les avoirs en compte sont des dépôts : auprès d'une banque autorisée en Suisse, ils bénéficient d'un traitement privilégié et, pour les dépôts garantis, du système esisuisse jusqu'à CHF 100 000 par client et par banque. La partie excédentaire n'est pas couverte de la même manière.
Les actions, parts de fonds et autres valeurs déposées ne sont pas des dépôts. Selon la FINMA, elles sont la propriété du client et sont en principe distraites de la masse en faillite puis restituées. Cette séparation ne protège ni contre une baisse de marché, ni contre la défaillance de l'émetteur d'un titre, ni contre les risques propres à certaines structures.
Ce que le private banking ne garantit pas
- une performance supérieure à un portefeuille moins coûteux ou à son indice;
- la préservation du capital, sauf engagement juridiquement valable d'un émetteur dont le risque demeure à analyser;
- une offre impartiale couvrant tout le marché;
- l'absence de produits maison, de rétrocessions ou d'autres conflits;
- la compétence fiscale et successorale dans chaque pays concerné;
- la continuité du même conseiller ou des mêmes conditions tarifaires.
Questions fréquentes
Le private banking est-il réservé aux millionnaires ?
Il n'existe pas de règle légale. Les seuils commerciaux et le patrimoine pris en compte varient. Le bon test est économique : la personnalisation et la coordination obtenues justifient-elles le coût total par rapport à une banque de détail, un gestionnaire indépendant ou une solution indicielle ?
Une banque universelle peut-elle faire du private banking ?
Oui. L'activité peut être fournie par une banque spécialisée, une grande banque, une banque cantonale ou la filiale suisse d'un groupe étranger, sous réserve de son autorisation et des règles applicables.
Private banking et gestion de fortune sont-ils identiques ?
La gestion de fortune est une composante possible du private banking. Le private banking peut aussi comprendre les comptes, la garde, le crédit, le conseil, la consolidation et la coordination patrimoniale.
Sources principales
- Fedlex, loi fédérale sur les services financiers (LSFin), texte consolidé consulté le 20 août 2026.
- FINMA, circulaire 2025/2 sur les règles de comportement selon la LSFin, entrée en vigueur le 1er janvier 2025.
- Fedlex, loi fédérale sur les banques et les caisses d'épargne, notamment art. 47.
- SFI, échange automatique de renseignements relatifs aux comptes financiers, état officiel publié le 28 novembre 2025.
- FINMA, protection des déposants, consulté le 20 août 2026.
- esisuisse, vue d'ensemble du système suisse, consulté le 20 août 2026.
- Association suisse des banquiers, Baromètre bancaire 2025 : Gestion de fortune.