Choisir une banque privée ne consiste pas à désigner la marque la plus connue ou la performance récente la plus élevée. Il faut comparer des entités autorisées sur le même besoin, dans la même monnaie, au même niveau de risque et après tous les coûts.
La méthode en une phrase : rédigez un cahier des charges, vérifiez les entités auprès de la FINMA, envoyez la même demande à trois prestataires, chiffre leur coût total, comparez leur processus et leur risque, puis testez le service et la sortie avant de transférer les actifs.
Étape 1 : définir le besoin avant de rencontrer les banques
Une proposition ne peut être pertinente que si elle répond à une situation définie. Préparez un document de deux pages avec les éléments suivants :
- montant investissable maintenant et flux attendus sur trois à cinq ans;
- résidences, nationalités, domiciles fiscaux et pays dans lesquels des services seront reçus;
- monnaie des dépenses et monnaie de référence du reporting;
- besoins de liquidité, dépenses exceptionnelles et réserve non investie;
- objectif prioritaire : conservation réelle, revenu, croissance, transmission ou financement;
- perte temporaire et perte définitive supportables en francs, pas seulement en pourcentage;
- positions existantes concentrées, illiquides, nanties ou fiscalement sensibles;
- préférence entre execution only, conseil et gestion discrétionnaire;
- contraintes : produits exclus, durabilité, liquidité, levier, actifs privés et produits maison;
- services attendus : crédit, consolidation, fiscal reporting, succession, entreprise ou gouvernance familiale.
Remettez exactement les mêmes données aux candidats. Une offre conçue pour un profil prudent ne se compare pas à une offre équilibrée, même si leurs rendements affichés semblent proches.
Étape 2 : vérifier l'entité et l'autorisation
- Demandez la raison sociale exacte qui signera chaque contrat.
- Recherchez-la dans les listes FINMA correspondant à l'activité.
- Contrôlez le siège, la nature de l'agrément et la différence entre filiale suisse, succursale étrangère et société du groupe.
- Consultez la liste d'alerte FINMA. Son absence ne constitue pas une garantie, car la FINMA précise que cette liste n'est ni exhaustive ni instantanément complète.
- Identifiez l'instance de médiation, l'auditeur et la juridiction contractuelle.
La catégorie de surveillance FINMA mesure l'impact potentiel et détermine l'intensité de la surveillance. Elle ne doit pas être transformée en classement commercial. L'autorisation est un filtre éliminatoire, pas le terme de l'analyse.
Étape 3 : demander une offre comparable
Demandez à chaque établissement de fournir par écrit :
- le mandat proposé et le partage exact des décisions;
- l'allocation stratégique, les fourchettes et la monnaie de référence;
- l'indice ou le portefeuille de référence, avec justification;
- l'univers d'investissement et la part maximale de produits maison;
- un portefeuille illustratif avec codes ISIN, liquidité et coût de chaque ligne;
- un scénario de perte sévère, un besoin de liquidité imprévu et, le cas échéant, un appel de marge;
- le coût annuel attendu en pourcentage et en francs;
- un exemple réel et anonymisé de reporting de performance, risque et frais;
- l'équipe responsable, son remplacement et le nombre de relations suivies;
- les conditions de résiliation, transfert et remboursement du crédit.
Étape 4 : calculer le coût total en francs
Une comparaison qui ne porte que sur les honoraires de gestion est incomplète. Additionnez au minimum :
Coût total annuel estimé = gestion ou conseil + garde et administration + coûts internes des fonds et produits + courtage et autres coûts de transaction + marges de change + rémunérations conservées par le groupe + frais d'actifs privés + coûts de spécialistes + taxes de transaction applicables.
Demandez une estimation pour le portefeuille illustratif, avec les hypothèses de rotation, de change et de produits. Faites distinguer les frais facturés au compte des coûts déjà retranchés dans la valeur d'un fonds ou d'un produit structuré. Demandez aussi la fréquence de facturation, la base moyenne ou de fin de période et les paliers tarifaires.
Exemple arithmétique, pas moyenne de marché
Supposons un portefeuille de CHF 5 000 000 avec 0,65 % de gestion, 0,15 % de garde et administration, 0,35 % de coûts de produits et 0,10 % de transactions et change. Le coût hypothétique est de 1,25 %, soit CHF 62 500 la première année.
Avec une performance brute constante de 4 % par an, sans impôt, retrait ni apport, CHF 5 000 000 deviendraient environ CHF 7 401 221 après dix ans sans ces coûts. En retranchant 1,25 point de pourcentage chaque année, le montant simplifié serait d'environ CHF 6 558 255. L'écart atteint CHF 842 966, car il inclut les frais et la capitalisation perdue.
Calcul : 5 000 000 × 1,0410 contre 5 000 000 × 1,027510. Les taux sont entièrement hypothétiques et ne représentent ni une offre, ni une moyenne, ni une prévision. Dans la réalité, performance, assiette des frais, flux et fiscalité varient.
Étape 5 : comparer la performance sans se tromper
Une performance ne devient comparable que si le risque, la monnaie, la période, les flux, le mandat et les frais le sont. Demandez :
- des rendements nets de frais et la définition exacte des frais retranchés;
- des périodes calendaires complètes, pas seulement une date de départ favorable;
- un composite de portefeuilles réellement gérés selon la stratégie, pas un unique compte choisi;
- le rendement de l'indice dans la même monnaie et sur les mêmes périodes;
- volatilité, pire baisse, durée de récupération et pertes sur douze mois;
- l'effet des devises, du cash, des actifs illiquides et des valorisations estimées;
- la conformité éventuelle aux normes GIPS et l'existence d'une vérification indépendante.
Les normes GIPS encadrent notamment la construction des composites et la présentation des rendements. Une conformité GIPS ne garantit pas une performance future, mais une présentation claire de la méthode, de l'indice et des frais réduit les ambiguïtés. Si le candidat ne peut pas produire de données comparables, ne remplacez pas cette absence par des promesses verbales.
À refuser comme preuve : « notre portefeuille a fait 8 % » sans période, monnaie, profil de risque, frais, indice, dispersion des clients ni perte maximale. Ce chiffre ne permet aucune comparaison utile.
Étape 6 : examiner le processus et les risques
Allocation et gouvernance
Qui fixe l'allocation ? À quelle fréquence ? Quelles limites empêchent une concentration dans un titre, un émetteur, une devise ou un secteur ? Qui peut les dépasser et comment le client est-il informé ? La stratégie doit relier chaque risque au besoin, pas à une conviction du moment.
Produits maison et rémunérations
La circulaire FINMA 2025/2 traite l'information sur les rémunérations de tiers et les conflits liés aux instruments propres au prestataire. Demandez la part actuelle et maximale de produits du groupe, les revenus que la banque reçoit à chaque niveau et la solution externe moins coûteuse examinée.
Liquidité et valorisation
Pour chaque actif non coté, fonds à fenêtres, produit structuré ou crédit privé, demandez le délai de sortie normal et en crise, le responsable de la valorisation, la décote possible et le calendrier des appels de capitaux. Un rendement lissé peut refléter une valorisation rare plutôt qu'un faible risque économique.
Crédit et levier
Si un crédit lombard est proposé, exigez les valeurs de nantissement, marges de sécurité, droits de vente, taux, devises et scénarios de baisse. Le crédit ne doit pas transformer un besoin de liquidité en vente forcée du portefeuille.
Étape 7 : vérifier la compétence transfrontalière et fiscale
Une banque suisse n'est pas libre d'offrir tous ses services dans tous les pays. Demandez une confirmation écrite des services autorisés pour chaque résidence et des restrictions après un déménagement. Vérifiez le format du relevé fiscal, le traitement des revenus, l'impôt anticipé, les conventions applicables et les obligations de déclaration avec un conseiller fiscal compétent.
Le SFI rappelle que la Suisse applique l'échange automatique de renseignements relatifs aux comptes financiers avec plus de cent États. Le choix d'une banque ou d'un pays ne remplace pas la conformité fiscale du client. Une proposition fondée principalement sur l'opacité ou un « avantage fiscal » non documenté est un signal d'alerte.
Étape 8 : tester le service avant le transfert complet
Rencontrez le responsable de relation et, si possible, le gérant ou spécialiste qui prendra réellement les décisions. Envoyez les mêmes questions techniques à tous les candidats et évaluez le délai, la précision, la capacité à dire non et la qualité des documents.
Lorsque c'est possible et économiquement raisonnable, commencez par une relation limitée ou transférez par étapes. Fixez dès le départ la fréquence des revues, les personnes autorisées, le canal pour les instructions sensibles et la procédure en cas d'indisponibilité du conseiller.
Étape 9 : préparer la sortie avant l'entrée
- Quels frais s'appliquent à la clôture et au transfert de chaque ligne ?
- Quels actifs peuvent être transférés en nature et lesquels doivent être vendus ?
- Quels produits ont une échéance, une pénalité, une fenêtre ou aucun marché secondaire ?
- Comment le crédit et les sûretés seront-ils remboursés ou transférés ?
- Sous quel format recevrez-vous l'historique des transactions, prix de revient et documents fiscaux ?
- Quel préavis peut modifier les tarifs ou mettre fin au service ?
En cas de litige, commencez par une réclamation écrite et documentée à la banque. L'Ombudsman des banques suisses se présente comme un service neutre et gratuit d'information et de médiation. La FINMA surveille les intérêts de la clientèle dans son ensemble, mais ne tranche pas une prétention civile individuelle comme un tribunal.
Grille de notation sur 100
Cette grille est une méthode éditoriale, pas un standard officiel. Modifiez les poids avant de voir les offres afin d'éviter de favoriser rétroactivement un candidat.
| Critère | Poids proposé | Éléments mesurés |
|---|---|---|
| Entité, autorisation et sécurité opérationnelle | 15 | FINMA, contrats, dépositaire, contrôles, cybersécurité, médiation. |
| Adéquation au besoin | 20 | Résidence, mandat, liquidité, monnaie, succession, crédit et contraintes. |
| Coût total | 20 | Montant annuel en francs, transparence, produits, opérations et sortie. |
| Processus d'investissement et risque | 20 | Allocation, limites, performance comparable, liquidité, conflits et gouvernance. |
| Service et équipe | 15 | Compétence, charge, continuité, reporting, délai et accès aux spécialistes. |
| Contrat, contrôle et sortie | 10 | Droits, documentation, modifications, transfert, crédit et données. |
| Total | 100 | Conserver les notes et pièces justificatives. |
Utilisez une note de 0 à 5 pour chaque sous-critère et ajoutez des critères éliminatoires. Par exemple : entité non vérifiable, refus de chiffrer les frais, produit incompris, service non autorisé dans le pays de résidence ou pression pour signer rapidement.
Vingt questions à poser
- Quelle entité signe et quel est son agrément exact ?
- Quel service fournissez-vous : transaction, portefeuille ou gestion ?
- Qui prend chaque décision et qui remplace le conseiller ?
- Quel est le coût attendu en francs la première année ?
- Quels coûts ne figurent pas sur la facture de la banque ?
- Quelles rémunérations de tiers ou du groupe sont conservées ?
- Quelle part maximale peut être investie en produits maison ?
- Quel indice correspond réellement à la stratégie et pourquoi ?
- Quelle a été la pire baisse de la stratégie et combien de temps a duré la récupération ?
- Les rendements présentés sont-ils nets de quels frais ?
- Combien de portefeuilles composent l'historique présenté ?
- Quelles limites de concentration s'appliquent ?
- Quelle part peut devenir illiquide et pendant combien de temps ?
- Qui valorise les actifs non cotés et les produits structurés ?
- Quel scénario déclenche un appel de marge ou une vente forcée ?
- Quels services restent possibles si je change de résidence ?
- Quel reporting fiscal est fourni pour mon pays ?
- Comment une instruction sensible est-elle authentifiée ?
- Combien coûterait un transfert complet aujourd'hui ?
- Quels produits ne pourraient pas être transférés en nature ?
Signaux d'alerte
- rendement élevé annoncé sans risque, indice ou période comparable;
- raison sociale, agrément ou dépositaire difficiles à identifier;
- frais décrits comme « tout compris » sans inventaire écrit;
- pression pour choisir un statut de client professionnel sans expliquer les protections perdues;
- produit complexe présenté comme garanti sans nommer l'émetteur et les conditions;
- fiscalité ou confidentialité vendues comme substitut à la déclaration;
- allocation très concentrée, illiquide ou liée au prestataire sans justification;
- refus de fournir un reporting type ou un plan de sortie.
Sources principales
- FINMA, établissements, personnes et produits autorisés, consulté le 20 août 2026.
- FINMA, liste d'alerte et limites de son périmètre.
- FINMA, circulaire 2025/2 sur les règles de comportement selon la LSFin, entrée en vigueur le 1er janvier 2025.
- SFI, échange automatique de renseignements relatifs aux comptes financiers.
- FINMA, protection des déposants et valeurs déposées.
- CFA Institute, GIPS Standards Handbook for Firms, méthodologie des composites et rendements nets de frais.
- Ombudsman des banques suisses, procédure d'information et de médiation.