Une offre de private banking combine trois couches : l'infrastructure bancaire, le mandat d'investissement et les produits détenus. Les comparer séparément évite de payer un service de gestion pour une simple gamme de produits, ou de prendre un risque que la présentation commerciale masque.
La question prioritaire n'est pas « quels produits proposez-vous ? » Elle est : qui décide, dans quelles limites, avec quel univers d'investissement, quel coût total et quel contrôle du risque ? Le produit vient ensuite.
1. L'infrastructure bancaire
Comptes, paiements et multidevises
La banque tient les comptes de liquidités, exécute les virements, gère les cartes éventuelles et permet de détenir plusieurs monnaies. Pour un patrimoine international, il faut examiner les frais de compte, les marges de change, les délais, les plafonds, la double validation et les pays ou contreparties exclus.
Garde et administration des titres
La banque dépositaire conserve les titres, encaisse coupons et dividendes, traite les opérations sur titres et produit les relevés. Les frais peuvent être proportionnels aux actifs, forfaitaires, par ligne, par marché ou par opération. Demandez si les avoirs détenus auprès de sous-dépositaires étrangers entraînent des coûts ou risques supplémentaires.
Reporting et consolidation
Le reporting peut réunir performance, positions, flux, risque, frais et documents fiscaux. Une consolidation de plusieurs banques est utile seulement si les données externes sont complètes, rapprochées et comparables. Vérifiez la fréquence, la monnaie de référence, le traitement des actifs non cotés et l'accès aux données en cas de départ.
2. Le mandat d'investissement
| Mandat | Décision finale | Obligation opérationnelle principale | Document à exiger |
|---|---|---|---|
| Execution only | Client | Exécution et garde, sans recommandation personnalisée. | Tarifs d'exécution, change, garde et marchés. |
| Conseil par transaction | Client | Recommandation sur une opération déterminée. | Périmètre du conseil et preuve de l'information sur le produit. |
| Conseil de portefeuille | Client | Recommandations tenant compte du portefeuille et de la stratégie convenue. | Profil de risque, allocation cible, suivi des écarts et compte rendu des conseils. |
| Gestion discrétionnaire | Banque, dans les limites du mandat | Décisions et rééquilibrages continus conformes aux objectifs et restrictions. | Mandat signé, politique d'investissement, limites, indice et reporting. |
La LSFin et la circulaire FINMA 2025/2 encadrent notamment l'information, l'adéquation, la documentation, les conflits d'intérêts et les rémunérations de tiers. La protection exacte dépend du service et du segment de clientèle. Le titre commercial du conseiller ne remplace jamais le mandat écrit.
3. Les principaux instruments et leurs risques
| Instrument | Usage possible | Risques à vérifier | Question utile |
|---|---|---|---|
| Liquidités et dépôts à terme | Réserve, dépenses prévues, stabilisation. | Risque bancaire au-delà de la protection applicable, inflation, monnaie et blocage à terme. | Quelle part est un dépôt auprès de quelle entité juridique ? |
| Obligations | Revenu, échéancier, diversification. | Taux, crédit, défaut, subordination, liquidité, remboursement anticipé et devise. | Quelle perte subirait le portefeuille si les taux ou les spreads montaient ? |
| Actions | Croissance à long terme et revenus distribués. | Volatilité, perte en capital, concentration par titre, secteur, pays ou monnaie. | Quel est le poids économique réel des dix premières expositions ? |
| Fonds et ETF | Diversification et accès à une stratégie. | Frais intégrés, écart à l'indice, liquidité, prêt de titres, dérivés et doublons entre fonds. | Pourquoi ce véhicule plutôt qu'une solution moins coûteuse sur le même risque ? |
| Produits structurés et AMC | Profil de paiement conditionnel ou stratégie emballée dans un certificat. | Émetteur, complexité, valorisation, liquidité, sous-jacent, barrière, rappel anticipé et frais intégrés. | Quel est le résultat dans plusieurs scénarios et qui porte la créance ? |
| Hedge funds | Stratégies alternatives, relatives ou directionnelles. | Levier, liquidité, valorisation, dépendance au gérant, frais, transparence et corrélation variable. | La prétendue décorrélation a-t-elle persisté pendant les crises ? |
| Private equity, dette privée et immobilier non coté | Accès à des actifs non cotés et prime d'illiquidité potentielle. | Capital appelé, blocage, valorisation, effet J, levier, défaut, frais multiples et absence de marché secondaire. | Quel calendrier de flux défavorable le portefeuille peut-il supporter ? |
| Change, dérivés et métaux précieux | Couverture, diversification ou exposition tactique. | Effet de levier, appels de marge, contrepartie, coût de couverture, volatilité et garde. | L'opération réduit-elle un risque existant ou en crée-t-elle un nouveau ? |
Correction importante : un hedge fund n'est pas, par nature, décorrélé des actions et obligations. Sa corrélation dépend de la stratégie, des positions, du levier et de la période. Elle peut augmenter au moment où la diversification serait la plus nécessaire.
Produits structurés : trois contrôles minimaux
- Risque de l'émetteur : un produit structuré représente généralement une créance sur un émetteur. Même si le sous-jacent progresse, une défaillance de l'émetteur peut entraîner une perte.
- Scénarios : demander le résultat à l'échéance, en cas de baisse, de franchissement d'une barrière, de rappel anticipé et de vente avant terme.
- Coût et liquidité : demander la rémunération de la structuration, la marge de distribution, la méthode de valorisation et l'identité de la contrepartie qui rachèterait le produit.
Dans sa communication 03/2026, la FINMA signale une hausse des cas de manquements concernant des gestionnaires de fortune et des schémas récurrents liés à des fonds étrangers, produits structurés, certificats gérés activement et structures peu surveillées. Elle relève en particulier la complexité, la liquidité limitée, les produits maison et des pertes parfois importantes. Cette alerte concerne d'abord les gestionnaires de fortune visés, mais ses contrôles sont utiles pour tout mandat.
Crédit lombard : liquidité utile, risque amplifié
Un crédit lombard est garanti par le portefeuille. Il peut financer un besoin sans vendre immédiatement les actifs, mais il ajoute un levier. Si la valeur ou la qualité des garanties baisse, la banque peut demander des sûretés, réduire la limite ou vendre des positions selon le contrat, parfois dans un marché défavorable.
Avant de l'utiliser, demandez la valeur de nantissement par actif, le scénario de baisse déclenchant un appel, la marge de taux, le droit de liquidation, la devise du prêt et l'effet sur la stratégie. Le rendement espéré des placements ne doit pas être comparé au seul taux affiché : il faut intégrer volatilité, change, impôts, frais et risque de vente forcée.
Planification patrimoniale et family office
Une banque peut fournir ou coordonner un bilan patrimonial, la prévoyance, la transmission, la philanthropie, la gouvernance familiale, le financement d'entreprise et l'administration de structures. La valeur de cette coordination dépend de la compétence dans les pays concernés et de l'indépendance des spécialistes.
Demandez qui donne le conseil juridique ou fiscal, dans quelle juridiction, sous quel contrat et avec quelle responsabilité. Une proposition de structure ne doit pas être adoptée uniquement parce qu'elle est disponible dans le groupe bancaire. Son coût, sa gouvernance, sa substance et ses obligations déclaratives doivent être évalués par les professionnels compétents.
Conflits d'intérêts et produits maison
Une banque peut être à la fois conseillère, gérante, dépositaire, prêteuse, émettrice du produit, contrepartie et bénéficiaire de rémunérations. Cette intégration n'est pas automatiquement défavorable, mais elle exige une information claire.
- Quelle part du portefeuille peut être investie dans les produits du groupe ?
- L'univers est-il ouvert, sélectionné ou limité à une liste interne ?
- Quelles rémunérations de tiers, rétrocessions ou marges intégrées sont conservées ?
- Comment la meilleure exécution est-elle contrôlée ?
- Qui valorise les actifs illiquides ou structurés ?
- Le conseiller est-il rémunéré sur les actifs, les revenus, les ventes ou d'autres objectifs ?
Un cas d'enforcement publié par la FINMA le 29 juin 2026 illustre le risque. L'autorité a constaté que près de CHF 200 millions d'avoirs d'investisseurs avaient été placés directement ou indirectement dans des obligations illiquides d'émetteurs liés, avec des conflits insuffisamment communiqués. La décision, entrée en force, concernait des gestionnaires et non une généralisation à toutes les banques; elle montre pourquoi l'émetteur, la liquidité et les liens économiques doivent être documentés.
Documents à obtenir avant de signer
- contrat de compte et de dépôt, mandat et procurations;
- profil de risque et stratégie d'investissement;
- tarif complet, avec frais des produits et opérations;
- politique de conflits d'intérêts et information sur les rémunérations de tiers;
- univers d'investissement et politique relative aux produits maison;
- exemple de reporting incluant performance nette, risque et coûts;
- conditions de crédit, de résiliation et de transfert des titres;
- instance de médiation et procédure de réclamation.
Sources principales
- Fedlex, loi fédérale sur les services financiers (LSFin).
- FINMA, circulaire 2025/2 sur les règles de comportement selon la LSFin, entrée en vigueur le 1er janvier 2025.
- FINMA, communication 03/2026 sur les risques liés aux produits en gestion de fortune individuelle, 3 juin 2026.
- FINMA, procédure sur les règles de comportement et les obligations illiquides, 29 juin 2026.
- Association suisse des banquiers, Risques inhérents au commerce d'instruments financiers, édition 2023.
- FINMA, protection des déposants et distinction avec les valeurs déposées.