Mesurer la performance d'un mandat de gestion

Un rapport de performance de banque privée est un document construit. Chaque décision de méthode qui a présidé à sa fabrication, la formule de rendement, le traitement des frais, la devise, l'indice de comparaison, la période retenue, peut déplacer le chiffre affiché de plusieurs points sans qu'aucune ligne du portefeuille n'ait bougé. Cette page explique comment reconstituer ces décisions, quelles sont les seules obligations légales suisses en la matière, et pourquoi elles sont beaucoup plus minces que la plupart des clients ne l'imaginent.

La réponse courte : le droit suisse n'impose ni méthode de calcul du rendement, ni benchmark, ni mesure de risque. L'art. 16 LSFin oblige le prestataire à rendre compte, à la demande du client, de la composition, de l'évaluation et de l'évolution du portefeuille, et l'art. 19 OSFin précise ce contenu minimal. Rien de plus. Le cadre méthodique existe, mais il est volontaire : ce sont les normes GIPS du CFA Institute, en vigueur dans leur édition 2020 depuis le 1er janvier 2020. Elles imposent notamment le rendement pondéré par le temps sauf cas restreints (1.A.35), la déduction des coûts de transaction même dans un rendement dit brut (2.A.37), et l'écart type ex post annualisé sur trois ans à côté de chaque rendement annuel (4.A.1.j). Un rapport qui ne dit pas laquelle de ces conventions il applique n'est pas comparable à un autre.

Les six décisions cachées derrière un chiffre de performance

Avant de comparer deux rapports, il faut savoir sur quoi ils divergent. Six choix méthodiques suffisent à rendre deux performances non comparables, et ils sont rarement énoncés en première page.

DécisionLes deux options courantesCe que le choix change
Formule de rendementPondéré par le temps ou pondéré par les capitauxMesure le gérant, ou mesure votre portefeuille. Les deux peuvent avoir des signes opposés la même année.
Traitement des fraisBrut ou net, et net de quoi exactementUn écart direct qui atteint souvent plus d'un point par an, avant effet cumulé.
Devise de référenceDevise des actifs ou devise de votre vieSur 2025, un rendement en dollars converti en francs perd 12,23 points selon les cours de fin de mois de la BNS.
Indice de comparaisonIndice unique, composite construit, ou aucunDétermine si la surperformance annoncée est un choix d'allocation ou un talent de sélection.
PériodeAnnée civile complète, ou fenêtre choisieUne date de départ déplacée de trois mois peut inverser le classement de deux gérants.
PérimètreVotre compte, ou un composite de comptes gérés selon la même stratégieUn compte isolé ne dit rien de la dispersion entre les clients d'une même stratégie.

Chiffre de change : cours de fin de mois USD/CHF publiés par la Banque nationale suisse, 0,9038 au 31 décembre 2024 et 0,7933 au 31 décembre 2025, soit une variation de moins 12,23 %. Calcul de l'auteur à partir du tableau devkum du portail de données de la BNS, extrait le 28 août 2026.

Rendement pondéré par le temps ou par les capitaux : la distinction qui change tout

C'est la première question à poser, et celle qui provoque le plus de malentendus entre un client et son gérant. Les deux formules sont correctes. Elles ne répondent simplement pas à la même question.

Le rendement pondéré par le temps, souvent abrégé TWR, neutralise l'effet de vos apports et de vos retraits. Il découpe la période en sous périodes aux dates de flux, calcule le rendement de chacune et les enchaîne géométriquement. Il mesure la qualité de la gestion, indépendamment du moment où vous avez versé de l'argent. Les normes GIPS imposent, pour les portefeuilles inclus dans un composite, un calcul au moins mensuel, un calcul de sous période à chaque flux important si les rendements quotidiens ne sont pas calculés, et un enchaînement géométrique des sous périodes (2.A.24).

Le rendement pondéré par les capitaux, ou MWR, est un taux de rentabilité interne. Il tient compte des montants investis à chaque date. Il mesure ce que votre argent a réellement rapporté, y compris l'effet de vos propres décisions d'apport et de retrait. Les normes GIPS ne l'autorisent que dans des situations restreintes, essentiellement quand la société de gestion contrôle les flux externes et que le véhicule est fermé, à durée déterminée, à engagement fixe, ou investi de façon significative dans des actifs illiquides (1.A.35). Autrement dit : pour un mandat classique de banque privée en valeurs mobilières liquides, vous devez normalement recevoir un rendement pondéré par le temps.

Un exemple chiffré où les deux mesures s'opposent

Le cas suivant est une construction arithmétique, pas une observation de marché. Il isole un seul effet : le décalage entre la performance du gérant et l'expérience du client.

  • Vous confiez CHF 1 000 000 en début d'année 1. La stratégie gagne 20 %. Le portefeuille vaut CHF 1 200 000.
  • Convaincu par ce résultat, vous apportez CHF 3 000 000 supplémentaires en début d'année 2. Le portefeuille vaut CHF 4 200 000.
  • L'année 2 perd 10 %. Le portefeuille vaut CHF 3 780 000.

Le rendement pondéré par le temps sur les deux ans est de plus 8,00 % cumulé, soit plus 3,92 % par an. Le gérant a bien fait deux fois ce qu'il a annoncé faire. Le rendement pondéré par les capitaux, calculé comme taux de rentabilité interne sur les flux réels, est de moins 4,44 % par an. Vous avez versé CHF 4 000 000 au total et le portefeuille en vaut CHF 3 780 000 : vous êtes en perte de CHF 220 000.

Calculs de l'auteur. TWR : 1,20 × 0,90 moins 1. Annualisation : racine carrée de 1,08 moins 1. MWR : taux r annulant la valeur actuelle nette des flux moins 1 000 000 en t0, moins 3 000 000 en t1 et plus 3 780 000 en t2, résolu par dichotomie. Les rendements de 20 % et de moins 10 % sont des hypothèses de démonstration, pas des données de marché.

Aucun des deux chiffres n'est mensonger. Un gérant qui vous présente uniquement le TWR ne cache rien d'illégal ; il vous montre sa performance de gestion. Mais si vous voulez savoir ce que la relation vous a rapporté, vous devez demander en plus une mesure pondérée par les capitaux, ou au minimum le tableau des flux nets et l'écart entre la somme versée et la valeur actuelle. Les deux chiffres ensemble, et pas l'un des deux, décrivent votre situation.

Piège fréquent : si vous avez fait des apports importants sur la période, un TWR positif et une perte comptable réelle peuvent coexister sans aucune anomalie. Reprocher au gérant un TWR positif est une erreur d'analyse ; ne demander que le TWR quand on veut connaître son propre résultat en est une autre.

Brut, net, et net de quoi exactement

Le mot net n'a pas de contenu fixe. Il faut faire préciser quelles couches de coût ont été retranchées. Les normes GIPS fournissent ici la grille la plus opérante, parce qu'elles définissent des minimums.

  • Tout rendement, y compris le rendement dit brut, doit être calculé après déduction des coûts de transaction supportés pendant la période (2.A.13 et 2.A.37). Un rendement présenté comme brut n'est donc pas un rendement avant tous les frais.
  • Le rendement net d'un composite doit refléter la déduction des coûts de transaction et des honoraires de gestion (2.A.38).
  • Ces honoraires peuvent être les honoraires réellement facturés à chaque portefeuille, ou un honoraire théorique adapté aux clients potentiels (2.A.30). Si un honoraire théorique est utilisé, le rendement obtenu doit être inférieur ou égal à celui qu'auraient donné les honoraires réels (2.A.31).
  • Quand la société présente un rendement brut, elle doit indiquer si d'autres frais que les coûts de transaction ont été déduits (4.C.6).
  • Quand elle présente un rendement net, elle doit indiquer si d'autres frais que les honoraires de gestion et les coûts de transaction ont été déduits, si le net inclut une commission de performance, si les honoraires utilisés sont réels ou théoriques, et dans ce dernier cas la méthode employée (4.C.7).
  • Pour les portefeuilles investis dans des fonds sous jacents, les rendements doivent refléter la déduction des frais prélevés au niveau du fonds, sauf si la société contrôle elle même ces honoraires de gestion (2.A.17).

Ce dernier point est celui qui échappe le plus souvent au lecteur d'un relevé. Les frais internes d'un fonds ne figurent nulle part sur votre facture : ils sont retranchés de la valeur liquidative avant qu'elle ne s'affiche. Le rendement que vous voyez les intègre déjà, mais votre grille de coûts ne les voit pas. La méthode pour reconstituer ces couches est développée dans le dossier sur le coût total réel d'une relation de private banking.

L'ordre de grandeur mérite d'être posé. Un écart de 1,25 point de coût annuel sur un rendement brut de 6 % laisse 4,75 % net. Sur dix ans, la différence entre 6 % et 4,75 % composés est de 79,08 % de gain cumulé contre 59,05 %. L'écart de vingt points de performance cumulée provient entièrement d'une ligne de frais.

Calculs de l'auteur : 1,06 puissance 10 contre 1,0475 puissance 10. Les taux de 6 % et de 1,25 % sont des hypothèses de démonstration. Ils ne représentent ni une moyenne de marché, ni une offre, ni une prévision.

Ce que le droit suisse impose réellement, et ce qu'il n'impose pas

Beaucoup de clients supposent qu'un rapport de performance suisse obéit à un format réglementé. Ce n'est pas le cas. Le régime légal porte sur l'existence et le contenu minimal d'une reddition de compte, pas sur la méthode de calcul.

QuestionCe que dit le droit fédéralRéférence
La banque doit-elle rendre compte ?Oui, à la demande du client : services convenus et fournis, composition, évaluation et évolution du portefeuille, coûts liés aux services financiers.Art. 16 al. 2 LSFin
Que contient au minimum le compte rendu ?Ordres reçus et exécutés ; composition, évaluation et évolution du portefeuille en cas de gestion de fortune ; évolution du portefeuille en cas de dépôts sous gestion ; coûts sur lesquels informer selon l'art. 8 OSFin.Art. 19 al. 1 OSFin
À quelle fréquence ?À la fréquence convenue avec le client, et à sa demande, sur support durable. Aucune périodicité minimale n'est fixée par l'ordonnance.Art. 19 al. 2 OSFin
Sous quel délai ?La documentation doit être conçue pour permettre de rendre compte en règle générale dans les dix jours ouvrables.Art. 18 OSFin
Quelle formule de rendement ?Aucune. Le texte parle d'évolution du portefeuille sans prescrire de méthode de calcul.Art. 16 LSFin et art. 19 OSFin
Un indice de comparaison est-il obligatoire ?Non. Aucune disposition de la LSFin ou de l'OSFin n'impose de benchmark dans un compte rendu.Absence dans les art. 15 à 19
Une mesure de risque est-elle obligatoire ?Non au stade du compte rendu. Le profil de risque et de rendement, avec mention de la perte maximale menaçant l'investisseur, relève de la feuille d'information de base du produit.Art. 60 al. 2 let. c LSFin
Puis je obtenir mon dossier complet ?Oui, en tout temps, par écrit ou sous une forme dont la preuve peut être établie par un texte. Copie gratuite dans les 30 jours suivant la demande.Art. 72 et 73 LSFin

Une précision compte pour les patrimoines importants. L'art. 22 OSFin permet aux clients professionnels de dispenser le prestataire d'observer les règles des art. 8, 9, 15 et 16 LSFin, donc l'information sur les coûts et l'obligation de compte rendu, mais uniquement en la forme écrite ou sous une forme dont la preuve peut être établie par un texte, et dans un document distinct des conditions générales. Un client qui a demandé un opting out perd donc, sauf convention contraire, la base légale de son droit au compte rendu. La contrepartie de ce statut est développée dans le dossier sur les types de mandat.

La conséquence pratique est simple : si vous voulez une méthode de calcul, une comparaison à un indice et une mesure du risque, vous devez les exiger contractuellement. La loi ne les fournira pas à votre place.

La devise de référence, effet le plus sous estimé

Un rendement n'existe pas sans devise. Un portefeuille libellé en dollars et un portefeuille libellé en francs peuvent afficher le même chiffre et laisser à leur détenteur des situations très différentes, s'il paie ses factures en francs suisses.

Le tableau ci dessous applique la variation réelle du franc en 2025, telle que publiée par la Banque nationale suisse, à des hypothèses de rendement en monnaie locale. Les rendements sont hypothétiques ; les cours de change ne le sont pas.

Rendement hypothétique en monnaie locale, 2025Devise du portefeuilleEffet de change réel 2025Rendement obtenu en francs
plus 15 %USDmoins 12,23 %plus 0,94 %
plus 10 %USDmoins 12,23 %moins 3,45 %
plus 5 %USDmoins 12,23 %moins 7,84 %
0 %USDmoins 12,23 %moins 12,23 %
plus 10 %EURmoins 1,14 %plus 8,74 %

Cours de fin de mois publiés par la Banque nationale suisse, tableau devkum : USD/CHF 0,9038 au 31 décembre 2024 et 0,7933 au 31 décembre 2025 ; EUR/CHF 0,94185 au 31 décembre 2024 et 0,9311 au 31 décembre 2025. Variations calculées par l'auteur : moins 12,23 % et moins 1,14 %. Les rendements en monnaie locale sont des hypothèses de démonstration ; la conversion applique la formule (1 plus rendement) fois (cours de fin sur cours de début) moins 1. Données extraites le 28 août 2026.

Un portefeuille en dollars a donc eu besoin d'environ 13,9 % de rendement local en 2025 pour préserver le pouvoir d'achat en francs de son détenteur. Ce constat ne dit pas qu'il faut couvrir le risque de change : une couverture a un coût, elle supprime aussi les années favorables, et le franc n'a pas de trajectoire garantie. Il dit qu'un rapport de performance qui ne précise pas sa devise de référence est ininterprétable pour un résident suisse. Les normes GIPS exigent d'ailleurs que toutes les informations d'un rapport soient présentées dans la même monnaie (4.A.12) et que la monnaie de présentation soit indiquée (4.C.9).

Choisir et vérifier l'indice de comparaison

Un rendement sans point de comparaison ne se juge pas. Mais un indice mal choisi transforme un résultat ordinaire en surperformance apparente. Trois vérifications suffisent à écarter les cas les plus grossiers.

  • La composition correspond elle au mandat ? Un mandat équilibré comparé à un indice obligataire flatte les années de hausse des actions. L'indice doit refléter l'allocation stratégique convenue, au besoin sous forme de composite pondéré dont les poids sont écrits dans le contrat.
  • La devise est elle la même ? Un indice mondial en dollars comparé à un portefeuille en francs mesure surtout le change, pas la gestion.
  • Le traitement des dividendes est il le même ? Un indice en prix, hors dividendes réinvestis, est mécaniquement inférieur à un indice de rendement total. Comparer un portefeuille dividendes inclus à un indice hors dividendes crée une surperformance qui n'existe pas.

Les normes GIPS imposent de présenter le rendement total de l'indice pour chaque période annuelle et pour toute période où un rendement du composite est présenté, sauf si la société détermine qu'aucun indice approprié n'existe (4.A.1.e). Elles imposent aussi de décrire l'indice, en indiquant ses caractéristiques clés ou son nom s'il s'agit d'un indice largement reconnu (4.C.5.a), et de présenter toutes les informations requises pour chaque indice si plusieurs sont montrés (4.A.4). L'absence d'indice n'est donc pas interdite, mais elle doit être un choix assumé, pas une omission.

Signal d'alerte : un indice de comparaison qui change au cours de la période présentée sans explication. La règle GIPS 4.C.32 impose de divulguer la date et la description de tout changement d'indice, qu'il soit prospectif ou rétroactif. Et si l'indice est un composite sur mesure, la règle 4.C.33 impose d'en divulguer les composantes, les poids, le processus de rééquilibrage et la méthode de calcul. Un rapport commercial n'y est pas soumis, mais la question se pose de la même manière : pourquoi cet indice a t il changé, et le nouveau raconte t il une meilleure histoire que l'ancien ?

Mesurer le risque, pas seulement le rendement

Deux gérants qui affichent le même rendement sur cinq ans peuvent avoir fait courir des risques très différents. Le rendement seul ne permet ni de comparer, ni de savoir si vous auriez tenu le coup.

L'écart type ex post sur trois ans

C'est la mesure de dispersion la plus normalisée. Les normes GIPS exigent, pour les composites dont les rendements mensuels sont disponibles, l'écart type ex post annualisé sur trois ans, calculé à partir des rendements mensuels, pour le composite et pour l'indice, à la fin de chaque période annuelle (4.A.1.j). Si 36 rendements mensuels ne sont pas disponibles, la société doit dire pourquoi la mesure n'est pas présentée (4.C.36). Les rendements du composite et ceux de l'indice doivent avoir la même périodicité et la même méthode de calcul (2.A.18).

La conséquence pratique : demandez la volatilité sur trois ans du portefeuille et celle de l'indice, calculées sur les mêmes mois. Un gérant qui bat son indice de 1,5 point par an avec une volatilité supérieure de 4 points n'a pas nécessairement ajouté de la valeur ; il a peut être seulement pris plus de risque.

La perte maximale et le temps de récupération

La volatilité décrit une dispersion moyenne. Elle ne dit pas quelle a été la pire baisse subie, ni combien de temps il a fallu pour revenir au sommet précédent. Or c'est cette baisse qui décide si un client vend au pire moment. L'asymétrie arithmétique est brutale et souvent mal comprise.

Perte subieHausse nécessaire pour revenir au niveau initial
moins 10 %plus 11,1 %
moins 20 %plus 25,0 %
moins 30 %plus 42,9 %
moins 50 %plus 100,0 %

Arithmétique élémentaire : hausse nécessaire égale 1 divisé par (1 moins la perte), moins 1. Calcul de l'auteur.

Demandez donc, en plus de la volatilité, la pire baisse de sommet à creux sur la période présentée, la date à laquelle elle est survenue, et la durée écoulée jusqu'au retour au sommet précédent. Ces trois données ne sont imposées par aucun texte suisse ni par les normes GIPS, mais elles sont calculables à partir d'une série mensuelle et un gérant qui refuse de les fournir refuse une information qu'il possède.

Le taux sans risque, référence mouvante

Si le rapport présente une mesure ajustée du risque du type ratio de Sharpe, la norme GIPS 4.C.43.b exige d'indiquer le nom du taux sans risque utilisé. La question n'est pas théorique : en francs suisses, le SARON est passé d'une moyenne mensuelle de 1,225 % en 2024 à 0,093 % en 2025 selon les séries de la Banque nationale suisse. Un ratio calculé avec le taux d'une année et comparé à un ratio calculé avec celui d'une autre n'a aucun sens.

Moyennes arithmétiques des douze valeurs mensuelles du SARON publiées dans le tableau zimoma du portail de données de la BNS, calculées par l'auteur : 1,225 % pour 2024 et 0,093 % pour 2025. Données extraites le 28 août 2026. Le SARON est un taux de référence au jour le jour ; il n'est pas un placement disponible pour un client privé.

Périodes, historique et ruptures

La période retenue est le levier de présentation le plus discret. Trois règles GIPS méritent d'être connues, même quand on discute avec un établissement qui ne revendique pas ces normes, parce qu'elles rendent explicites des abus autrement invisibles.

  • Pas d'annualisation d'une période inférieure à un an (2.A.12). Un gain de 4 % en quatre mois ne se présente pas comme 12 % annualisés.
  • Un minimum de cinq ans, puis une année de plus chaque année jusqu'à dix ans (4.A.1.a). Une présentation limitée aux trois dernières années dans une stratégie qui en compte douze est un choix, pas une contrainte.
  • Une rupture d'historique doit rester visible. Si un composite perd tous ses portefeuilles, son historique s'arrête ; s'il en récupère plus tard, il redémarre, et les deux périodes doivent être présentées séparément sans être enchaînées (4.A.5). De même, la performance issue d'une société précédente ne peut être rattachée à celle de la nouvelle que si la quasi totalité des décideurs a suivi, si le processus de décision est resté substantiellement intact et indépendant, si les enregistrements existent et s'il n'y a pas eu d'interruption (1.A.32).

Cette dernière règle est pertinente en Suisse, où les équipes de gestion changent d'employeur et où les établissements se rachètent. Un historique de dix ans présenté par une banque qui a intégré l'équipe il y a trois ans mérite la question : sur quelle structure les sept premières années ont elles été réalisées, et qui décidait alors ?

Composite ou compte unique

Un chiffre de performance tiré d'un seul compte n'est pas une preuve de la qualité d'une stratégie. Il peut être le meilleur des comptes gérés selon cette stratégie. Les normes GIPS traitent le problème par le composite : la société doit créer des composites pour les stratégies gérées en comptes séparés (3.A.1), et tous les comptes séparés réels, payants et discrétionnaires doivent figurer dans au moins un composite (3.A.2).

Deux informations en découlent, et ce sont celles qui manquent le plus souvent dans une présentation commerciale.

  • Le nombre de portefeuilles dans le composite à la fin de chaque période annuelle, non requis si le composite en compte cinq ou moins (4.A.1.f), auquel cas la société doit dire qu'il en contient cinq ou moins (4.C.39). Une stratégie vendue comme éprouvée qui ne compte que quatre comptes n'a pas d'historique statistiquement lisible.
  • La dispersion interne des rendements annuels des portefeuilles pour chaque période annuelle (4.A.1.i), avec obligation d'indiquer quelle mesure de dispersion est utilisée (4.C.10). C'est la donnée qui répond à la vraie question : les clients de cette stratégie ont ils tous obtenu à peu près le même résultat, ou l'écart entre le meilleur et le moins bon est il de plusieurs points ?

Ce que signifie exactement une conformité GIPS

La mention est fréquente dans les documents de vente et souvent mal comprise. Quelques faits permettent de la situer.

  • Les normes sont volontaires. Aucune autorité suisse n'en impose l'application. Elles sont publiées par le CFA Institute ; l'édition 2020 a pris effet le 1er janvier 2020 et s'applique aux rapports couvrant des périodes se terminant au 31 décembre 2020 ou après.
  • La conformité s'apprécie au niveau de la société entière, jamais au niveau d'un composite, d'un fonds ou d'un portefeuille isolé (1.A.1). Une phrase du type notre stratégie est conforme aux GIPS est, en soi, contraire à la logique de la norme.
  • Pour revendiquer initialement la conformité, la société doit l'atteindre sur au moins cinq ans, ou depuis sa création si elle est plus récente (1.A.3).
  • La société doit notifier sa revendication au CFA Institute au moyen du formulaire prévu, le mettre à jour annuellement au 31 décembre et le déposer chaque année avant le 30 juin (1.A.38).
  • La vérification est facultative et elle ne fait pas ce que son nom suggère. Selon le texte même de la norme, elle donne une assurance sur le fait que les politiques et procédures de la société relatives au maintien des composites et des fonds, ainsi qu'au calcul, à la présentation et à la diffusion de la performance, ont été conçues conformément aux normes et mises en oeuvre à l'échelle de la société. La formule ajoute expressément que la vérification ne donne aucune assurance sur l'exactitude d'un rapport de performance particulier (4.C.1).

Une conformité GIPS vérifiée est donc un signal de sérieux méthodique, pas un certificat d'exactitude de votre relevé, et encore moins une indication sur les rendements futurs. Son intérêt réel est ailleurs : elle contraint la société à des divulgations que vous pourriez sinon ne jamais obtenir.

Le rapport de performance à exiger

Le tableau ci dessous rassemble les éléments à demander par écrit avant de signer, et à réclamer ensuite à chaque revue annuelle. Aucun ne relève du secret professionnel ; tous sont calculables à partir des données que la banque détient déjà.

ÉlémentFormulation précise à employerPourquoi
FormuleRendement pondéré par le temps, calculé au moins mensuellement, sous périodes aux flux importants, enchaînement géométrique.Rend le chiffre comparable à celui d'un autre gérant.
Second chiffreRendement pondéré par les capitaux sur ma relation, ou tableau des flux nets et valeur actuelle.Répond à la question de mon propre résultat.
FraisRendement brut et net côte à côte, avec la liste exacte des frais retranchés dans le net et le traitement des frais internes des fonds.Le mot net ne signifie rien sans cette liste.
DeviseRendement en francs suisses, et rendement en monnaie locale, avec l'effet de change isolé.Sépare la gestion du mouvement des devises.
IndiceIndice ou composite d'indices, sa composition, ses poids, sa devise, en rendement total dividendes réinvestis.Sans quoi la surperformance n'est pas mesurable.
RisqueÉcart type ex post annualisé sur trois ans du portefeuille et de l'indice, sur les mêmes mois.Un rendement supérieur peut n'être que du risque supplémentaire.
BaissePire baisse de sommet à creux, sa date, et la durée jusqu'au retour au sommet.Décrit ce qu'il aurait fallu supporter.
PériodesAnnées civiles complètes, dix ans si la stratégie existe depuis dix ans, ruptures signalées.Neutralise le choix opportuniste de la fenêtre.
PérimètreComposite de tous les comptes gérés selon cette stratégie, nombre de comptes et dispersion des rendements annuels.Distingue une stratégie d'un compte vitrine.
ValorisationPart des actifs valorisés à partir de données non observables, et fréquence de valorisation des actifs illiquides.Un actif valorisé au modèle produit une volatilité artificiellement basse.

Le dernier point mérite une note. Les normes GIPS demandent de présenter le pourcentage de la juste valeur des actifs du composite valorisés à partir de données subjectives non observables à la fin de la période annuelle la plus récente, si ces investissements représentent un montant significatif (4.A.2), et recommandent une valorisation externe des placements privés au moins tous les douze mois (2.B.8). Une poche d'actifs non cotés valorisée une fois par an lisse mécaniquement la courbe et abaisse la volatilité mesurée. Ce n'est pas une fraude ; c'est un artefact de méthode, à condition qu'il soit signalé.

Idées reçues

  • « La performance passée ne dit rien, donc le rapport ne sert à rien. » Le rapport ne sert pas à prédire. Il sert à vérifier que le gérant a fait ce qu'il avait dit, qu'il l'a fait au niveau de risque annoncé, et que les frais correspondent au contrat. Ce sont trois contrôles factuels sur le passé, pas des projections.
  • « Mon relevé bancaire mensuel est un rapport de performance. » Un relevé donne des positions et des valeurs. Il n'applique pas nécessairement une formule de rendement identifiée, ne neutralise pas vos flux, ne compare à aucun indice et ne mesure aucun risque.
  • « Un gérant conforme aux GIPS garantit des chiffres exacts. » La norme elle même dit le contraire au sujet de la vérification : celle ci porte sur les politiques et procédures à l'échelle de la société, pas sur l'exactitude d'un rapport donné (4.C.1).
  • « Une année négative signifie que le gérant a échoué. » Un mandat obligataire en 2022 ou un mandat en dollars pour un résident suisse en 2025 peut être négatif sans erreur de gestion. La comparaison utile est celle avec l'indice correspondant, dans la même devise et sur la même période.
  • « Le rendement net que j'ai reçu est le rendement net réel. » Tant que la liste des frais déduits n'est pas écrite, la question reste ouverte, notamment pour les frais internes des fonds et pour les coûts de change sur les opérations en devises.
  • « Comparer deux banques revient à comparer deux chiffres. » Deux chiffres construits selon des conventions différentes ne se comparent pas. Il faut d'abord les ramener à la même formule, la même devise, la même période et le même traitement des frais.

Questions à poser par écrit

Formulez ces questions dans un courrier ou un message tracé, et conservez la réponse. En cas de désaccord ultérieur, l'art. 72 LSFin vous donne droit en tout temps à une copie de votre dossier, remise gratuitement dans les 30 jours selon l'art. 73 al. 2 LSFin.

  1. Quelle formule de rendement utilisez vous, et à quelle fréquence le portefeuille est il valorisé pour ce calcul ?
  2. Comment traitez vous mes apports et retraits dans ce calcul ?
  3. Pouvez vous me fournir en plus un rendement pondéré par les capitaux sur ma relation, ou le tableau complet de mes flux nets ?
  4. Quels frais exactement sont déduits du rendement que vous qualifiez de net, et les frais internes des fonds détenus en portefeuille en font ils partie ?
  5. Dans quelle devise ce rendement est il exprimé, et quel est le même rendement exprimé en francs suisses ?
  6. Quel est l'indice de comparaison, sa composition, ses poids et sa devise, et s'agit il d'un indice de rendement total dividendes réinvestis ?
  7. Cet indice a t il changé depuis la signature du mandat, et si oui à quelle date et pour quelle raison ?
  8. Quel est l'écart type ex post annualisé sur trois ans de mon portefeuille et celui de l'indice, calculés sur les mêmes mois ?
  9. Quelle a été la pire baisse de sommet à creux depuis le début du mandat, à quelle date, et combien de temps a t il fallu pour revenir au sommet précédent ?
  10. Si vous présentez un ratio ajusté du risque, quel taux sans risque utilisez vous et pour quelle période ?
  11. Combien de comptes sont gérés selon cette stratégie, et quel est l'écart entre le meilleur et le moins bon rendement annuel de ces comptes sur le dernier exercice ?
  12. Quelle part de mon portefeuille est valorisée à partir de données non observables, et à quelle fréquence ces positions sont elles réévaluées par un tiers ?
  13. Revendiquez vous la conformité aux normes GIPS, à quel niveau, et avez vous fait l'objet d'une vérification indépendante et pour quelles périodes ?

Un point de comparaison sur les litiges

L'Ombudsman des banques suisses publie chaque année la répartition des cas qu'il traite. Dans son rapport annuel 2025, la catégorie « Conseil en placement, gestion de fortune » représente 68 dossiers écrits sur 1080 traités, soit 7 % du total, contre 70 sur 899 en 2024, une baisse de 3 % en nombre. À l'intérieur de cette catégorie, les dossiers écrits se répartissent entre 26 mandats de gestion, 16 conseils en placement et 12 relations execution only. La catégorie « Bourse, dépôts » compte 98 dossiers écrits en 2025 contre 85 en 2024, soit une hausse de 15 %.

Ces chiffres décrivent des réclamations reçues par un organe de médiation, pas des manquements établis, et ils ne sont rapportés ni à un nombre de relations bancaires ni à des encours. Ils ne permettent donc aucun taux de sinistralité. Leur intérêt est comparatif : les questions de gestion et de conseil représentent une part minoritaire et stable des saisines, très loin derrière la catégorie « Comptes, trafic des paiements, cartes », qui totalise 781 dossiers écrits en 2025.

Limites de l'analyse

Aucune donnée publique consolidée ne permet de comparer les rendements réels des mandats de gestion des banques privées suisses entre eux. Les publications existent au niveau de chaque établissement, sur des périmètres, des devises et des périodes qui ne sont pas homogènes, et aucune autorité ne les agrège. Il n'existe donc aucun rendement de mandat, aucune moyenne de marché ni aucun classement suffisamment homogène pour servir de référence générale.

Le niveau de risque approprié et l'opportunité de couvrir un risque de change dépendent de votre horizon, de vos engagements en francs et de votre capacité à supporter une baisse sans vendre. La responsabilité civile du gérant en cas de gestion fautive relève quant à elle d'un examen sur pièces et d'un avis juridique.

Pour la suite logique du parcours, la méthode de sélection d'un établissement est traitée dans Comment choisir une banque privée, la reconstitution du coût total dans Frais du private banking en Suisse, et le traitement des avoirs en cas de défaillance de l'établissement dans Faillite d'une banque suisse.

Sources principales

Textes légaux consultés le 28 août 2026 dans leur version consolidée officielle publiée par la Confédération. Données BNS extraites le même jour ; elles sont mises à jour mensuellement et les variations citées portent sur l'exercice 2025 clos. Les chiffres de l'Ombudsman portent sur l'exercice 2025 et seront remplacés par le rapport publié en 2027. Les normes GIPS sont volontaires et n'ont pas force obligatoire en Suisse. Cette page décrit une méthode d'analyse et ne constitue ni un conseil en placement, ni une recommandation d'établissement, ni un conseil juridique.

Portée du guide : information générale, sans recommandation de banque, de produit ni conseil juridique, fiscal ou d’investissement personnalisé.